Festival Lumière au CNP Terreaux de Lyon

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Mercredi 5 Octobre

14h15 La ville abandonnée Séance présentée par Gaël Morel

16h45 Frankenstein junior Séance présentée par Bruno Salomone

19h15 Sous le soleil de satan

21h30  Femmes de yakuzas Séance présentée par Yves Montmayeur

 

Jeudi 6 Octobre

14h30 L’ennemi public

16h45 L’affaire Al Capone

19h15 La ville abandonnée

21h30 Guerre des gangs à Okinawa Séance présentée par Yves Montmayeur

 

Vendredi 7 Octobre

14h00 Convoi de femmes Séance présentée par Tonie Marshall

16h45 La fiancée du pirate Séance présentée par Gaël Morel

19h30 Le jardin des Finzi Contini

21h45 Loulou Séance présentée par Laurent Gerra

 

Samedi 8 Octobre

14h45 Dernier atout

17h15 The plague dogs

19h30 L’ennemi public

21h45 The plague dogs

 

Dimanche 9 Octobre

14h30 Préparez vos mouchoirs

17h00 L’affaire Al Capone

Dites-lui que je l'aime

Claude Miller - France, 1977


Séance exceptionnelle le 4.10.2011 à 14h00 présentée par Christian CARION au CNP Terreaux

David (Gérard Depardieu) est comptable dans une usine de province. Sérieux dans sa vie publique comme dans sa vie privée, il vit en célibataire dans un petit logement modeste. à l’exception d’un collègue, on ne lui connaît ni liaison amoureuse ni ami. Il passe tous ses week-ends au chevet de ses parents malade. Il est le préféré de l’immeuble. Mais cette petite vie tranquille ne l’est pas tant que ça…

Grand film devenu méconnu, Dites-lui que je l’aime est un film de pluie, de froid, de neige. Un film d’hiver, le film du cœur d’un homme emprisonné dans un amour gelé. Dans une Savoie sauvage splendidement photographiée par Pierre Lhomme, Claude Miller évoque l’amour fou, obsessionnel, qui tourne à la névrose, dans une œuvre convulsive où Gérard Depardieu et Miou-Miou effraient. Miller raconte avoir choisi Depardieu pour son physique : il cherchait un acteur qui dégage une grande force physique, pour aller y chercher la fêlure, car « elle existe chez tout le monde, et c’est toujours spectaculaire que d’aller la chercher. » Le cinéaste, qui sortait de la réussite de La Meilleure façon de marcher, avec Patrick Dewaere l’alter-ego de Gérard Depardieu, avait le désir de réaliser un film de suspense (le livre est adapté de Patricia Highsmith), mais pas un film policier : dans Dites-lui que je l’aime, ni le ressort ni la crédibilité de l’histoire ne passent par le meurtre mais par l’amour, sentiment qui pousse les gens à se regarder, se guetter, s’épier. Dans ses crises de colère, David n’est pas hors de lui mais justement totalement en lui-même. Si David offre Moby Dick à Lise (Dominique Laffin), c’est pour lui faire comprendre que, comme Achab, il préfèrera mourir que renoncer à celle qu’il convoite. À noter les premiers rôles de ceux qu’on reverra beaucoup dans le cinéma français dans les années quatre-vingt et la très belle musique d’Alain Jomy, qui donne au film un ton et une justesse qui contribuent beaucoup à sa réussite.

TRAVAILLEUR

En 1977, sortant l’année précédente de 1900 de Bertolucci, de La Dernière Femme de Marco Ferreri et Sept morts sur ordonnance de Jacques Rouffio, Gérard Depardieu tourne quatre films : René la Canne du regretté Françis Girod, La Nuit tous les chats sont gris de Gérard Zing qui ressort en copies neuves en France, et deux Duras : Le Camion et Baxter, Vera Baxter.

ROMAN

Le film est adapté d’un polar de 1960 de Patricia Highsmith (Ce mal étrange [This Sweet Sickness – en français “cette douce maladie”]). Claude Miller a gommé l’intrigue policière, qui pourrait se résumer ainsi : « Depuis qu’Annabelle, son ancienne amie, s’est mariée, David Kelsey passe tous ces week-ends dans une maison qu’il a loué sous un nom d’emprunt et où il s’imagine, dans une sorte de rêve, qu’il la retrouve. Cela, jusqu’au jour où le mari d’Annabelle... » Son premier roman, publié en 1950, avait remporté un vif succès : c’était L’Inconnu du Nord-Express, adapté en 1951 par Alfred Hitchcock. Elle inspirera également René Clément, Claude Autan-Lara, Wim Wenders, Michel Deville.

DOMINIQUE LAFFIN

Révélée par Claude Miller, elle fut surtout une extraordinaire Femme qui pleure chez Jacques Doillon (en 1979), qui lui valut d’être nominée aux César. Puis elle tourna avec Jean-Marie Poiré, Marco Ferreri, Claude Sautet, et beaucoup d’autres. Elle a aussi joué avec Depardieu à deux reprises : Dites-lui que je l’aime puis la même année La Nuit tous les chats sont gris. Carrière courte, existence difficile parsemée de pas mal de grands films comme Tapage nocturne de Catherine Breillat, en 1979. Elle est morte prématurément à l’âge de trente-trois ans. « Elle eut ce terrible privilège de ressembler personnellement à un moment collectif de l’histoire des femmes dans le cinéma. Ce furent son corps lent, l’extraordinaire mobilité de son regard, sa voix lasse et son visage lunaire qui marquèrent – pour trop peu de temps – le cinéma français. » (Serge Daney)

 

 


 

Park Row

Samuel Fuller - États-Unis, 1952


Séance exceptionnelle le 4.10.2011 à 16h45 présentée par Nicolas Saada au CNP Terreaux

En 1880, le journaliste Phineas Mitchell (Gene Evans) vient d’être renvoyé du journal Le Star par sa directrice, Charity Hackett (Mary Welch). Il décide alors de lancer son propre journal, Le Globe, en utilisant à la une le saut du pont de Brooklyn par Steve Brodie (George O’Hanlon). Le journal connait un succès immédiat malgré son impression sur du papier de boucher. Phineas Mitchell utilise alors un procédé de mise en page révolutionnaire, la linotype, élaboré par Ottmar Mergenthaler (Bela Kovacs)…

Comme Shock Corridor (1963) que Fuller réalisera dix ans plus tard, Park Row a le journalisme comme toile de fond. Il est moins connu, il est aussi bon, mais n’aura ni l’accueil ni la postérité qu’il mérite. « Samuel Fuller, farouche individualiste égaré parmi les moutons, a bien du mal à continuer à exercer son métier de cinéaste qu’il fait pourtant si bien », écrit Robert Chazal dans France Soir en 1971. Samuel s’est s’attelé à tous les genres, du western au film d’aventure, du film de guerre au policier. Souvent incompris, il s’est aussi mis régulièrement en marge. « Fuller, déclarent Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon dans 50 ans de cinéma américain, rue dans les brancards, détruit les conventions. Il a une volonté très sincère de faire une œuvre personnelle, de réaliser un film qui ne soit dû qu’à un seul homme, de bousculer avec une bonne humeur féroce règles et conventions. » Park Row a une place particulière dans la filmographie de Samuel Fuller, entre le film de guerre Baïonnette au canon(Fixed Bayonnets, 1951) et le thriller Le Port de la drogue (Pick up on South Street) en 1953. Une des grandes qualités du film est de montrer le milieu du journalisme de façon juste et éclairé. Park Row, c’est le quartier de la presse à New York, une sorte de microcosme des journalistes, grouillant et concurrentiel. Le film soutient une valeur à laquelle Fuller tient par-dessus tout : la presse est au service de la démocratie. Cette ferveur du cinéaste imprime la pellicule et se transmet au spectateur. Fuller crie dans ce film son amour pour le journalisme et la liberté de la presse, il transmet sa vision idéaliste du milieu, dans un de ses opus les plus optimistes. On reconnaît aussi le style du cinéaste dans une montée en puissance de la violence physique et intellectuelle dans le combat entre les deux journaux, filmée notamment en longs plans-séquence. On n’est pas loin du sublime.

LINOTYPE

L’invention présentée par Samuel Fuller dans son film, la linotype, est réellement l’œuvre de Ottmar Mergenthaler. Créée en 1885, elle doit son nom originel, la « line o’type » au fait qu’elle permet de composer une ligne de texte entière sur une seule ligne de plomb. Cette révolution permis à des petits journaux de sortir leur journal à un rythme largement accéléré.

TALENTS MULTIPLES

Dès l’âge de treize ans, Samuel Fuller travailla dans un journal, d’abord en tant que copy-boy puis à seize ans en tant que chroniqueur pour les affaires criminelles au New York Journal. Il connaîtra l’ascendance des grands groupes de presse, dont celui de Joseph Pulitzer. également romancier, il s’inspire des faits divers angoissants qu’il a eu à traiter dans sa jeunesse.

SOUVENIRS

À Jean Narboni et Noël Simsolo, Samuel Fuller raconta ses premières impressions lorsqu’il a pénétré dans la salle des presses, envahie d’énormes machines, au journal Le New York Graphic Evening : « Des hommes se faufilaient entre les presses, vêtus seulement d’un petit pantalon plein d’encre et, sur la tête, des chapeaux de papier faits avec des journaux. J’observais tout ça. » (Il était une fois… Samuel Fuller, Cahiers du cinéma, 1986).

MAVERICK

Le film fut tourné en quatorze jours. Fuller y investit son propre argent et le perdit entièrement. Il avait juste gardé 1000 dollars pour ses cigares et un peu de vodka. (Informations IMDB)

 


Trois vies & une seule mort

Raoul Ruiz - France, Portugal, 1996

L’histoire d’un homme qui part pour un court voyage, déménage, va habiter en face de chez lui et y reste vingt ans, puis rentre un jour sans explication dans son premier domicile et y reste jusqu’à sa mort… L’histoire d’un homme riche qui devient un mendiant… L’histoire d’un couple de jeunes amants réduits à la misère et qui reçoit soudain en héritage une belle maison… L’histoire d’un homme d’affaires qui pour justifier certaines opérations financières s’invente une famille à l’étranger…

Raoul Ruiz a rassemblé des histoires qui font à la fois partie des faits divers et de notre imaginaire, des histoires que tout le monde connaît et auxquelles personne ne croit. Trois vies & une seule mort est constitué d’histoires d’abord successives, finalement et tragiquement entremêlées : « J’ai pris quatre projets anciens dont un qui s’appelait Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse. C’étaient des histoires immortelles, de celles que tout le monde raconte. »

Trois histoires entre cauchemar et comédie n’en forment qu’une, parce que ces trois hommes n’en sont qu’un seul, affligé du syndrome connu de la personnalité multiple. Raoul Ruiz, en tant qu’exilé d’abord, en tant que cinéaste ensuite, se sent tout à fait concerné par ce phénomène de multi-personnalité, et même en mutation constante. Comme il l’explique lui-même, il a écrit ce film pour Marcello Mastroianni, qu’il a rencontré par l’intermédiaire de Paolo Branco : « Je l’ai rencontré, je lui ai fait quelques suggestions et il m’a dit oui. Je lui ai fait lire des textes, au fur et à mesure. Il a eu des doutes. Il faut dire que je n’arrête pas d’ajouter des choses au scénario en cours d’écriture. Mais l’essentiel, pour moi, c’est la structure et le ton. Là-dessus, Marcello était d’accord. Et le film s’est fait grâce à lui. À partir de là, j’ai vraiment écrit quelque chose en pensant à lui et à un certain nombre d’acteurs que je connaissais bien, comme Melvil Poupaud, Chiara Mastroianni et d’autres amis. »

Estimant avoir un rapport très enfantin à la langue française, et ne pas être toujours crédible, Raoul Ruiz a fait appel à Pascal Bonitzer, entre autres car il souhaitait se servir pour ce film de données liées à la culture française. Mais Raoul Ruiz disait ne pas regretter son exil : « La colonisation culturelle américaine a fait des ravages au Chili, où l’on impose une manière unique de raconter les histoires. Si j’étais resté là-bas, comme tant de mes amis, je serais passé à la politique. Aujourd’hui, je serais Ministre de la pêche… »

LANCEMENT DE CARRIÈRE : TÉMOIGNAGE
Raoul Ruiz, qui a découvert Melvil Poupaud, raconte : « Il est entré dans le cinéma comme un enfant qu’il était. Il a fait son premier film, La Ville des pirates, comme un enfant. Il poussait les travellings et il jouait éventuellement. À l’époque, je faisais une conférence sur Le Territoire, et lors d’un échange avec les journalistes, je me suis aperçu que la seule personne qui s’intéressait vraiment à ce qui se passait, c’était Melvil. Je suppose d’ailleurs qu’il va devenir metteur en scène. »

NARRATEUR
Pierre Bellemare est la voix du narrateur de Trois vies & une seule mort. Raoul Ruiz l’a choisi entre autres car il le considère comme son professeur de français. Comme il n’arrivait pas à prendre de véritables cours de langue, il écoutait les émissions radiophoniques insolites de Pierre Bellemare sur RTL.

 


 

L’Étrange incident

William A. Wellman - États-Unis, 1943


Séance exceptionnelle le 4.10.2011 à 22h00 présentée par Philippe Garnier au CNP Terreaux
Séance exceptionnelle le 8.10.2011 à 22h00 présentée par Philippe Garnier à l' Institut Lumière

1885, Nevada. Un fermier de la région, Kinkaid, aurait été assassiné, et son bétail volé. En l’absence du shérif mais commandée par son adjoint, une troupe de cow-boys, des brutes épaisses, organise une chasse à l’homme pour retrouver l’assassin. Un vieillard (Francis Ford), un Mexicain (Anthony Quinn) et un jeune homme (Dana Andrews) sont accusés. Quelques citoyens s’élèvent contre cette arrestation aussi illégale qu’arbitraire…

Curieux titre que cet Étrange incident, premier des quatre incursions que fera William A. Wellman dans le genre : comparé à la plupart des autres westerns tournés à l’époque, le film avait toutes les raisons de choquer : les conventions sont abandonnées et Wellman n’est absolument pas consensuel. « Tout Wellman est dans cette contradiction, écrit Bertrand Tavernier dans Amis américains. D’un côté l’anticommuniste militant, le réactionnaire, l’homme de droite, très remonté contre certains présidents démocrates, grand ami de Frank Capra dont il partage sans doute les idées politiques au même titre que Howard Hawks ; de l’autre, le bagarreur, l’anarchiste, le rebelle qui signe The Ox-Bow Incident. » Il y dénonce le lynchage, pendant haut et court le mythe des héros de l’Ouest américain. « Son film étudie des hommes, une société, un état d’esprit avec un regard impitoyablement accusateur qui, tout en le distinguant de la masse plus ou moins anonyme de la production western, témoigne de l’existence, dans ce genre, de préoccupations morales et philosophiques non étrangères à notre temps. » (Jean-Louis Rieupeyrout, La Grande Aventure du western, éditions du Cerf, 1964).L’Étrange incident est réalisé sept ans après Furie (Fury, 1936) de Fritz Lang et six ans après La Ville gronde (They won’t forget, 1937) de Mervyn LeRoy, violents réquisitoires contre le lynchage. À la grande différence près que Wellman utilise le western, genre par excellence du mythe américain, dont il condamne les excès. Vingt ans plus tard sortiront Douze hommes en colère (Twelve Angry Men, Sidney Lumet, 1957) et, dans un tout autre style, La Rumeur (The Children’s Hour, William Wyler, 1961). Cela pour ne citer que quelques chefs-d’oeuvre du cinéma américain dénonçant la justice expéditive, l’hystérie collective et la rumeur.

L’ENTÊTEMENT, OU LES BONS CÔTÉS D’UN MAUVAIS CARACTÈRE

Wellman aimait énormément le roman de Walter Van Tilburg Clark. Il avait depuis longtemps pour projet de l’adapter au cinéma. Mais les détenteurs des droits voulaient imposer Mae West, actrice que Wellman trouvait ridicule. Il a donc racheté les droits pour avoir une totale liberté de casting.

FONDUS DE FONDA

Durant toute la période où il a été sous contrat à la Fox, Henry Fonda n’a été que peu satisfait de la qualité des films dans lesquels il a tourné. Sauf deux : Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath, John Ford, 1940) et L’Étrange incident. Quand il s’enrôla dans la Marine de guerre des États-Unis pour combattre durant la Seconde Guerre mondiale, il déclara : « Je ne veux pas être dans une fausse guerre dans un studio. »

UNE PRODUCTION ENGAGÉE

Darryl F. Zanuck, vice-président chargé de la production à la 20th Century Fox, insista pour que Wellman ait carte blanche, estimant qu’il était de l’honneur du studio de produire un tel film : « Ça ne fera jamais d’argent. Ce peut être un grand film de prestige, et c’est pour cela que je vous le laisse faire. » (propos rapportés par William A. Wellman lors d’une interview par Curtis Lee Hanson en 1966).

CENSURE

La scène où le shérif ferme les yeux sur le lynchage déclencha des problèmes de censure : dans une lettre datée de juin 1942, le directeur de la Production Code Administration, chargée du Code Hays, écrit : « Le scénario sera approuvé si : le suicide du Major Tetley est conservé car il constitue un châtiment pour le meneur de la troupe qui a commis le lynchage ; la dénonciation du lynchage par Davis est maintenue ; le film laisse entendre que l’intégralité du groupe sera arrêté ; le personnage de Gil est plus humain et actif pour défendre les trois hommes. »


Festival Lumière au CNP Terreaux de Lyon. Dans la ville de Lyon. Le

Cinéma CNP Terreaux
  69001 Lyon - Tél. : 08 92 68 69 33


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