Exposition de Stéphane, Ne pas jeter sur la voie publique

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MARSEILLE 2013, Capitale Européenne de la Culture.

Avec le soutien de l’Association Polychromes NICE

« Ne pas jeter sur la voie publique »

9-31 juillet 2013

Espace Les Variétés. 37 rue Vincent Scotto 13001 Marseille

Vernissage vendredi 12 juillet 19h

http://stephane-art.wix.com/book

facebook.com/stephane.art

Stéphane, jeune plasticien breton vivant à Rennes, diplômé d’histoire de l’art, propose une résistance, une défiance légère et gaie, de l’artiste fa(r)ce aux pouvoirs marchands. Nous sommes envahis par la publicité; Ne pas jeter sur la voie publique constate cela mais suggère avant tout des voies de réflexion, de distanciation.

Il détourne des supports publicitaires pour « vendre » un message philosophique, de l’existentiel. Par exemple « le patronizing » définit le parrainage trop intrusif des mécènes au détriment de la liberté de création. Une « collaboration » acceptée aussi.
Mots clefs : Déchets ; Pages publicitaires, hommage à Télérama, Monochrome, Le Jaune, Le Blanc, …

Stéphane ne travaille que sur le déchet, des produits divers et (a)variés. Il ne veut pas la neutralité de la feuille blanche de papier ou du châssis vierge. Il préfère les rebuts de la société de consommation et leur donner une vie, une seconde chance. « Je suis partagé entre la beauté et l’angoisse du monde, fasciné et effrayé devant le monde visible ». Son travail se caractérise par l’emploi d’objets du quotidien qu’il recycle. L’artiste est plus un découvreur, un archéologue qui réaffirme et souligne certains symboles contenus dans la réalité. Il essaie de camoufler les oeuvres dans la réalité d’où elles proviennent, bien qu’en tant qu’oeuvres d’art, elles génèrent une autre signification…

Aux Variétés, « Ne pas jeter sur la voie publique » propose cinq séries.

Trois installations à la forme épurée d’un mur-tapis sont entièrement constituées d’une centaine de pièces chacune à partir de pages de magazine. La série « Lavis » rappelle l’histoire particulière du lieu d’exposition Les Variétés. L’exposition se termine en légèreté par l’envol de centaines de papillons composés de cartes postales gratuites ! Sur le milieu de la nuit…

La série « White spirit » cherche à traduire du sensible sur des publicités d’ameublement, de design, des intérieurs froids sans vie et sans humour. Elles ressemblent à des scènes de théâtre, où l’immobilité et la neutralité de beaux décors austères participent à la dramatisation. Des corps blancs, fantomatiques, exsangues, saisissent des postures de la danse contemporaine. Cela peut être aérien, en apesanteur ou bien nerveux, épileptique. A l’aide d’un vocabulaire pictural minimaliste, Stéphane soulève les zones d’ombre de la société d’aujourd’hui. La routine dépressive de l’ordinaire trouve l’issue de la force de la danse, entre domestication et libération, tension et volupté. Même la maladie, le deuil, sont suggérés par l’ellipse, le songe et le fantastique. Une inquiétante étrangeté.
Ses figures lunaires révèlent l’irréalité à laquelle nous condamnent nos sociétés d’apparence et de leurre. L’artste dénonce les comédiens que nous sommes devenus, acteurs plus qu’artisans de nos vies, obligés à l’artifice dans un monde sur lequel personne n’a plus de prise. Les conflits intimes explosent dans des sauts ou des roulades au sol pour mieux dire la rage et la défaite. Début 2012, « danser sa vie » était une exposition du Centre Pompidou proposant un parcours dans l’histoire de l’art de ces cents dernières années autour de la danse et l’art visuel.

« Recto-verso » est une série qui s’appuie tout simplement sur les données visuelles de pages de publicité qui sont ensuite toutes soumises à un travail de découpe. Un élément significatif est détouré pour finir par être retourné. L’amertume de la société consumériste se disputant avec l’humour, noir, caractérisent le travail de Stéphane. Une oeuvre qui trouve dans les thématiques de la vanité, de l’obsolescence de véritables échos critiques. L’installation qu’il propose ici, s’offre comme un pernicieux commentaire de la place si complexe que tiennent aujourd’hui les médias, l’artiste défaisant et ridiculisant les informations divulguées…en oeuvres d’art…uniques. Il renouvelle aussi la pratique du collage dont nous fêtons justement cette année le centenaire de son invention en 1913 par Braque et Picasso.
En laissant sciemment le commanditaire de la publicité, Stéphane soulève aussi la question dumécénat, le monde financier intervenant dans la production même de la création. Avec des marques de luxe en quête de supplément d’âme, c’est tout l’éco-système du marché de l’art qui est en train de se reconfigurer. Certes le mécénat n’est pas nouveau, mais ce qui l’est plus, c’est que les marques ne se contentent plus de financer des contenus culturels : elles les coproduisent…avec la collaboration des créatifs plasticiens.

« En-vies de rien » est une installation qui incarne le paradoxe continu d’étirement et d’évidement de la société de consommation. Tous les biens de consommation notamment culturelle ! Il s’agit de pages publicitaires qui ponctuent les articles culturels du magazine de Télévision TELERAMA. Stéphane rend un hommage à Télérama qui vulgarise la Culture. Le monochrome jaune ou bien blanc recouvre la page publicitaire pour n’isoler qu’un élément symbolique. L’artiste laisse un signe qui, délesté de son slogan publicitaire, son message marchand, vendeur, prend ainsi toute sa force, une multitude d’interprétations.
La symbolique particulière de la couleur jaune et blanche participent à cette sublimation de l’objet. Nous, consommateurs, utilisons les objets comme si nous étions conviés à un festin interminable Notre époque est celle de la crise de la représentation. Notre trop plein d’image est aussi un trop vide. Ces pages sont évidées de leur contenu mais paradoxalement se remplissent de messages existentiels. Nous appréhendons essentiellement le monde via la télévision… et son magazine TV préféré qui l’accompagne. Entre la boulimie et l’anorexie, l’installation grossit et maigrit en même temps. Débordant sur le sol, elle inspira la configuration de l’exposition.

« LAVIS » Des pages publicitaires de parfum sont maculées de sperme et/ou poppers. Stéphane marque doublement sa volonté d’inscrire pertinemment par cette production plastique idoine au lieu mais aussi à l’événementiel. En effet, ré-ouvert en 1999, Les Variétés, un ancien cinéma X, est aujourd’hui un lieu d’art et essais qui comprend cinq salles de projection et l’un des plus beaux espaces d’exposition de Marseille (sa situation géographique, son plan simple de béton brut, 170m2 de superficie). L’artiste, programmé dans le cadre de l’europride, cible malicieusement un public en questionnant notamment la notion du corps, son image, ses fluides. Le corps est social. Depuis toujours, les pubs de parfum jouent la carte de la sensualité et de l'érotisme. Les fragrances les plus sophistiquées sont sensées charmer, envoûter l'élu(e) de votre coeur.   Mais nos effluves corporels, les phéromones feraient mieux l'affaire pour ensorceler… Marketing. Le procédé transgressif de l’utilisation du sperme lui permet d’échapper aux conventions classiques du lavis, de l’aquarelle et ouvre à de multiples déviances, détournements. C’est aussi une façon personnelle de pratiquer, de renouveler même, une tradition picturale qu’il trouvait obsolète et naïve. L’aquarelle est innocence, légèreté, ici, gravité et trouble. Inversion de sens. Je joue entre la complicité de l’industrie des médias et la réintroduction de « l’aura » de l’oeuvre. De la multiplicité, l’image devient unique, une « projection » de moi à la signature indélébile, mon A.D.N.

« propre » ! Le matériau passif des mass-média est revitalisé, réactivé. C’est aussi une critique de la condition humaine, de sa « jouissance » personnelle, et de son « exhibition ». Carine Roitfeld, rédactrice en chef du Vogue France, inventa avec Tom Ford et Mario Testino, « le Porno Chic » juste avant les années 2000.

« Les Papillons » Et enfin, tout comme les humains qui succombent aux effluves que libèrent leurs semblables, les papillons dégagent des phéromones pour attirer leur partenaire sexuel. A proximité de Lavis, Stéphane installe un vol de centaine de papillons. Il découpe délicatement des papillons sur des cartes postales gratuites. Consommés, vidés, passifs, ces déchets sont recyclés, revitalisés sous la forme fragile de lépidoptères et deviennent « purs » objets de contemplation. La beauté naturelle de ses insectes attirent l’attention et insidieusement délivrent le message initialement contenu du document papier. On peut y voir des drames humains, les instincts destructeurs de l’homme, sa fragilité. Il s’agit de micro-récits qui touchent à l’humanité, tels l’alcoolisme, la prostitution, les sexualités, le sida, … La pesanteur, la gravité des sujets abordés sont contrariées, comme envolées. Les deux « bêtes » sont mutuellement ré-enchantées, existant dans une sphère partagée entre ciel et terre. Ils revivent. Derrière les cartes postales gratuites, il y a cet avertissement suivant : « Ne pas jeter sur la voie publique ».

Conclusion

Le travail de Stéphane se caractérise par une grande sobriété, il repose sur une certaine distance face aux objets. Dans une apparente retenue, à la fois subtile et intelligente, le geste éloquent invite le spectateur à réfléchir sur une violence cachée. La méthode est emblématique de la procédure de l’artiste : courte et sans effet, au service d’idées précises, dont la simplicité déconcertante interpelle le spectateur.

C’est principalement la question des rapports entre image et vérité qui l’occupe. Une manière de faire prendre conscience au spectateur de la distance entre le réel et sa représentation. Les signes les plus familiers s’avèrent ainsi traversés par des références au monde réel et à sa violence intrinsèque. Ainsi que l’explique l’artiste, tout son travail consiste à rendre notre regard actif… « La perdition est quelque chose de présent dans toutes mes oeuvres… ».

« Le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle. » / Thomas Jefferson (1743-1826), troisième président des Etats-Unis d’Amérique.


Exposition de Stéphane, Ne pas jeter sur la voie publique. Dans la ville de Marseille. Le

Cinéma
37 rue Vincent Scotto  13001 Marseille - Tél. : 0892 68 05 97


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